Allez, on commence cet article avec la petit blagounette du jour :
Quel est le comble d’une créative ?
Développer une tumeur à l’index droit.
BIM.

Pas de tricot dans cet article, que du blabla mais je crois qu’il est temps que je sorte du silence sur ce qu’il m’est récemment arrivé.
Ca a commencé innocemment vers le mois de février. Je faisais un truc tout bête : crocheter quelques mailles, appuyer sur un bouton de la télécommande, me servir un verre… Et là, PAFF, un éclair dans le doigt. Une douleur fulgurante. Dix secondes, pas plus, et juste de temps en temps. Pourquoi s’inquiéter ?
Et puis en avril, la mairie de St Martin m’a contactée pour organiser des ateliers pendant l’été. J’ai du concevoir en urgence tout un catalogue de modèles personnels, j’ai tricoté non stop pendant plusieurs semaines. La douleur est devenue plus fréquente, mais rien d’insurmontable. Et puis la douleur, c’est dans la tête n’est-ce pas ?
L’été est arrivé, j’ai lancé mes ateliers, puis le stage de St-Martin pour lequel j’avais tant et tant bossé. Et là, je ne pouvais plus faire l’autruche. J’avais mal tous les jours, tous les soirs exactement, quasiment toujours à la même heure. C’était assez drôle d’ailleurs, je scrutais la montre en me disant « ça y’est, la douleur va bientôt venir, Lola tu dois te préparer psychologiquement, ça va aller ». A ce stade là, ça durait entre 30 et 40 minutes. Des fois j’avais juste envie de m’arracher la main, je me mordais le bras pour avoir mal ailleurs qu’au doigt, je me frappais ailleurs sur le corps. Parfois j’en pleurais de douleur, je serrais un linge entre mes dents pour étouffer les cris. Je lisais la peur et l’empathie dans les yeux de mon mari, et je me répétais : « c’est rien, ça ne peut pas être si grave. De toute façon, de retour à Lyon, je consulte ».
Et puis j’ai consulté. Ma généraliste m’a posé des questions, elle a regardé ma main, mon doigt, puis a levé les yeux et m’a dit « bon, eh bien c’est une tumeur ».
Tumeur.
Là, j’ai probablement du devenir blême. Tumeur.
Meuf, tu as 25 ans. Tu viens de lancer ton entreprise DIY. Tu viens d’accepter un nouveau job dans les travaux manuels. Et tu as une tumeur. A l’index droit.
Je crois que j’ai immédiatement pensé à ma mère. Il y a un an, je l’ai jouée « pudique » en vous expliquant ici qu’elle « chassait l’ornithorynque ». Ornithorynque mes fesses. Ma mère a eu un cancer, un putain de cancer, et moi j’en ai ras-le-cul d’être pudique. Ouais, ma mère a eu un cancer.
Et puis là, ma médecin a ajouté « ah mais rassurez-vous, c’est bénin », dans un sourire qui se voulait rassurant.
Des examens ont suivis, et de nombreuses nuits aux services des urgences, parce qu’il fallait bien tenir le coup. Il y a eu une première opération, et j’ai eu la chance d’avoir l’un des meilleurs chirurgiens de la main de la région. Il a retiré l’ongle, couper la peau et creusé, creusé, creusé. La tumeur glomique faisait 6 minimètres sur 4 : autrement dit, rien du tout… La première fois, on m’a anesthésié les ¾ de la main (ça suffit, aujourd’hui), et ça a duré 15 minutes. J’ai demandé à la garder, comme un symbole sordide qui me resterait pour l’éternité : « ah non madame, on n’a pas le droit » « comment ça vous n’avez pas le droit ? C’est MA tumeur, elle est à MOI ». L’équipe a ri, je crois qu’ils n’ont pas compris. Malheureusement, il y a eu des complications et une deuxième opération. Cette fois-ci, pas le temps d’attendre que l’anesthésie agisse complètement… Il fallait faire vite.
Suite à ça, des semaines de pansements, des semaines à supporter ce doigt écorché qui me donnait envie de vomir rien que d’y penser. Des semaines à me demander pourquoi l’univers me punissait, quel message il voyait m’envoyer… Le truc, c’est que je venais de commencer un nouveau job, alors j’ai décidé de ne pas poser mon arrêt maladie pour ne pas faire mauvais genre, et les emmerdes ont commencées. J’étais exténuée par mon travail, et très handicapée (va apprendre à tricoter à 15 gamins en même temps quand tu as l’index immobilisé…). Plus le blog. Plus les ateliers. Plus les partenariats. Plus tous les projets que j’avais sur le feu. Plus ma famille, mes amis. Plus la mort soudaine de ma lapine. Plus, plus, plus, plus, toujours plus…. Je crois qu’en fait, je n’ai jamais appris à dire « stop » jusqu’à présent.
Avec un peu de recul, je comprends que j’ai d’abord voulu faire « comme si ». « Comme si » de rien n’était, « comme si » ce n’était pas grave, « comme si » ça ne changeait rien à mes plans. « Oh t’en fais pas, j’ai juste un petit souci au doigt ».
Ensuite j’ai voulu faire l’autruche. Voyant que tout se cassait la gueule, j’étais comme tétanisée, n’osait plus répondre aux gens qui avaient besoin de mes retours, j’ai esquivé, noyé le poisson. « Oh c’est rien, j’ai juste un peu de retard sur mon planning, je te fais ça d’ici demain ».
Aujourd’hui je crois que je passe un autre cap, celui de l’acceptation. Déjà, j’arrive à nouveau à toucher mon doigt. Il faut dire que la peau a poussé, la plaie n’est plus à vif. Je ne pleure plus en le regardant. Depuis plusieurs jours déjà, je ne porte plus de bandage pour masquer la difformité, alors que j’avais décidé de le recouvrir en public pendant 1 an minimum (le temps que l’ongle repousse et reprenne une forme « normale »). J’avais peur de choquer les enfants, surtout, mais en fait ils n’y portent aucun jugement négatif. J’ai juste parfois droit à des « tiens, on voit encore ton bobo », innocents et bienveillants. Même chose en ateliers pour adultes : je crois que les participants n’y prêtent tout simplement pas attention, ou alors ils ne disent rien par politesse, je ne sais pas. Si vous me suivez sur les réseaux sociaux, vous avez peut-être vu il y a quelques jours une série de photos sur lesquelles je joue avec des pelotes XXL de Bergère de France. C’était la première fois que j’arrivais à voir mon doigt en photo. Je crois que je commence à me le réapproprier, tout simplement.
Et surtout, surtout, aujourd’hui je mesure ma chance : bon sang, ce n’était qu’une tumeur bénigne. Mon doigt ne sera plus jamais le même, mais il fonctionne, il ressemble encore à un doigt, et le gros de l’épreuve est derrière moi. Ce n’était QUE bénin. TOUT va bien, TOUT ira bien. Quelle chance, MERCI, MERCI. Sur le coup, j’étais tellement dans mes soucis que j’étais incapable de relativiser.
Je pense à ma mère, à ma cousine qui a eu un cancer à 13 ans, ma tante a 20 ans, ma grand-mère qui en est morte, à une créatrice que j’admire beaucoup qui combat tous les jours en ce moment-même contre une tumeur maligne… Je pense à toutes ces personnes qui ont du ou doivent actuellement lutter pour leur vie, endurer la souffrance d’une chimio, des rayons… Difficile de donner du sens à ce que nous fait parfois traverser la vie…
De mon côté, et dans ma quête de sens personnelle, j’ai trouvé des réponses du côté de la médecine chinoise, et à toi qui me lit, je te rassure tout de suite : cela n’a rien à voir avec le tricot, ni une utilisation particulièrement intensive d’un doigt. Ca vient d’un cheminement de vie personnel, mais assez de confessions intimes pour aujourd’hui 😊
Voilà un article bien long, bien soporifique peut-être, mais je crois que j’en avais besoin pour réussir à me remettre dans le mouvement et le partage créatif.
A présent, il est temps de passer à autre chose.
A très vite, bisous bisous 🙂






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